Les deux grands n'ont cherché qu'à se neutraliser
BRUGES Le sommet du Jan Breydel Stadion n'a pas désigné de vainqueur. Il n'a pas, non plus, tenu les promesses qu'on avait espéré déceler en lui. Tendu, âpre, nerveux, sans concession ni complaisance, il n'a pas dégénéré mais il a, parfois, frôlé le point de rupture.
Ogushi Onyewu et Gert Verheyen, par exemple, n'ont certainement pas eu envie, redevenus civils, d'aller trinquer ensemble à leur réconciliation.
Cadenassée d'un bout à l'autre par un Standard bien en place sur le plan tactique, la rencontre ne s'est jamais débridée. Beaucoup trop imprécis dans leurs enchaînements, trop timides dans leurs prises de risques, les Brugeois n'ont jamais trouvé la clé qui aurait pu insuffler aux débats une tout autre tenue.
Le Standard avait pourtant fait mine de se comporter sur la pelouse brugeoise en authentique leader. Ce n'était que de l'esbroufe.
Enlisé dans une large bande médiane où il s'étranglait souvent, le sommet n'avait toujours pas dégagé une première ligne de force à l'approche de la demi-heure de jeu. La peur d'entreprendre paraissait avoir jugulé toute véritable initiative. Bien campé dans une assise défensive cohérente, le Standard se gardait bien d'allumer la moindre étincelle adverse. Peu alimentés, Tchité et De Camargo subissaient la domination de leurs opposants. Quand ils entraient en possession du ballon, ils ne pouvaient pas s'appuyer sur un partenaire accouru en soutien. Ils n'ont ainsi jamais inquiété vraiment Stijnen.
Mais le Club, tout aussi noué, attaquait chichement. Malgré les sollicitations d'un Leko inspiré, bien couvert par un Vermant dominateur dans sa zone de manoeuvre, il n'initiait aucun mouvement de grande ampleur, ne provoquait pas vraiment le déséquilibre de son opposant. Au contraire, même: faute de solution offensive, les Brugeois en étaient souvent réduits à combiner latéralement. Ils cherchaient pourtant à exploiter les flancs. Mais Van Heerden paraît encore un peu tendre pour un affrontement de ce calibre. Sur l'autre aile, les mouvements n'étaient pas suffisamment bien coordonnés pour créer des failles.
Le sommet avait donc cruellement manqué de temps forts. C'est tout juste si on se rappelait que dès la 6e minute, Runje avait intercepté imparfaitement un envoi de Leko et si Tchite, quatre minutes plus tard, avait répliqué en débordant Maertens par la gauche et en décochant, en foulée, un envoi trop croisé. Ce fut d'ailleurs la seule action du buteur de Sclessin. On avait noté, aussi, un lob tenté de très loin par Geraerts pour tenter d'exploiter un cafouillage entre Stijnen et Clement et un sauvetage de la tête du même Geraerts sur une plongée de Van Heerden.À la demi-heure, donc, Runje avait à peine été plus sollicité que son vis-à-vis. C'est alors que Leko alluma le premier éclair. Il appela judicieusement dans l'axe le service millimétré de Leko. Surprise, la défense centrale liégeoise resta figée. Leko évita subtilement le retour de Deflandre et Runje pour ouvrir le score (1-0).
Bruges n'allait pas conserver longtemps cet avantage. Onze minutes tout au plus. Roelandts commit une faute inutile sur Rapaic. Le Croate de Sclessin délivra lui-même le coup franc dans le paquet où Verheyen et Onyewu vidaient un contentieux. Le capitaine brugeois y gagna un billet de par terre et Onyewu, plus solide sur ses jambes, égalisa, à la grande fureur des Brugeois (1-1).
Le sommet avait déjà livré son verdict. La seconde période s'abîma, en effet, dans une désolante partie de pousse-ballon qui ne fit jamais frémir aucun des deux gardiens mais qui fut hachée par une distribution d'avertissements.
Van Heerden, qui n'avait pas raté ses vrais débuts, rentra bientôt au vestiaire sous les applaudissements de son nouveau public. Conceiçao aurait-il pu inspirer offensivement ses équipiers? On ne le saura jamais.
Ce sommet se fera très vite oublier. Il est vraiment resté très loin des cimes...
Michel Dubois
© Les Sports 2006